Draguignan a été le siège de la préfecture varoise de 1800 à 1974.

Elle est aujourd’hui la 2e ville administrative du Var après Toulon et la 5e ville du Var par sa démographie.

Haussman restera à la postérité pour la spectaculaire métamorphose de Paris dont il fut l’architecte sous le second Empire. De fait, il n’aura pas laissé de souvenir impérissable de son passage à la préfecture de Draguignan, du 5 février 1849 au 11 mai 1850, au service de la très conservatrice république du prince Louis Napoléon Bonaparte.

Isolé à Draguignan…

Homme de belle stature, ayant une haute opinion de lui-même, Georges Haussman (il sera fait baron en 1857) arrive à Draguignan à 40 ans, avec 18 ans de service dans l’administration derrière lui.

S’il se félicite de l’excellente cuisine à son arrivée et assouvit sa passion des bons vins, les Bordeaux en particulier, il trouve à son arrivée une préfecture flambant neuve (construite sous la Monarchie de Juillet par le préfet Teissère) qu’il estime bien trop grande pour l’importance du chef-lieu.

Au moment où le Var est en permanence agité par des manifestations politiques, Haussman n’aime pas Draguignan “ village proclamé ville de par la loi “. D’autant que les communications sont lentes : le télégraphe s’arrête à Toulon et tout courrier de la Poste met 8 jours depuis Paris avant d’arriver à destination. Outre qu’il déplore la dispersion des services (le général de brigade, le receveur général, l’inspecteur des postes (…) sont à Toulon), ce qu’il craint le plus est l’éloignement de la force publique, concentrée sur Marseille, Toulon et Antibes. Car le préfet ne pouvait compter que sur une centaine de gendarmes, répartis en 20 brigades, pouvant être repliées sur la ville en une nuit.

Rapidement, il remplace les trois membres du conseil de préfecture par des hommes plus favorables au régime, parmi lesquels Anglès, clérical et légitimiste, et renouvelle les commissaires de police pour “ trouver en eux des organes d’information et des agents d’exécution à peu près sûrs “.

Son grand chantier varois fut politique

Quant à ses rapports avec la justice, l’histoire contemporaine révèle qu’ils furent tumultueux : au printemps 1850, la plupart des démocrates présentés devant le tribunal correctionnel ou les assises sont acquittés par la cour d’appel d’Aix…

Ainsi, le gros chantier varois d’Haussman fut politique. Notamment le combat contre les démocrates qui articulaient leur action au sein de chambrées et clubs regroupant 28 000 membres. A Draguignan, l’avocat Pastoret comptait 800 adhérents !

Côté presse, pour combattre la propagande démocratique, portée par la voix du peuple de Marseille et le démocrate du Var, Haussman compte peu sur les journaux conservateurs. Ainsi va-t-il soutenir le journal dracénois Le Conciliateur, feuille légitimiste dirigée par Maquan qui va commettre tous les dimanches un supplément gratuit rédigé en partie en français et en provençal et distribué selon ses instructions.

Les clubs sont dissous

L’agitation ne cesse pas pour autant : les 13 et 14 juin 1849, les démocrates tentent de s’emparer de la préfecture après avoir été informés d’un soulèvement à Paris. Les meneurs furent arrêtés et conduits à l’île Ste-Marguerite.

Le 30 juin 1849, Haussman ordonne la fermeture des clubs mais les réunions publiques et manifestations continuent.

Pour autant, Haussman le bâtisseur était homme de terrain. Il dirigea la rédaction de plusieurs projets d’arrosage et fut aussi à l’origine du partage des bois communaux, très controversé.

En mai 1850, il quitte le Var où il dit publiquement, au conseil général, avoir trop sacrifié à la vie politique. La période troublée (l’insurrection de 1851 guettait) ne se prêtait guère aux grandes réalisations. Il va rejoindre le département de l’Yonne, avant d’être nommé en Gironde à l’approche de 1851, et enfin dans la capitale pour la destinée que l’on sait.

Mais aujourd’hui …

Le 4 décembre 1974 était signé le décret transférant le chef lieu du département à Toulon. Une blessure dont la cicatrice reste douloureuse 40 ans plus tard en Dracénie.

Mémoires vives

Le 4 décembre 1974 vers 17 heures à Paris, le Premier ministre Jacques Chirac signe le décret 74-1028 portant “ transfert à Toulon du chef-lieu de département “. À Draguignan, la lutte pour le maintien de la préfecture à Draguignan dure depuis 71 jours déjà. Le matin du 4 décembre, la population de Draguignan s’est regroupée devant la préfecture. La cour d’honneur est bientôt envahie. Une barricade s’organise. Les CRS arrivent en début d’après-midi. Le face à face avec les manifestants et élus en écharpe dure une heure. Vers 16 heures, l’ordre est donné de charger. Vers 16h30, les manifestants ont évacué la préfecture. Mais dans la ville, c’est l’émeute. Quarante ans après les faits, cette mémoire est toujours vive. Et elle continue de façonner la Dracénie d’aujourd’hui.

Pour en prendre la mesure, il suffit de constater que le conseiller général UMP du canton, M. Piselli siégeait en 1974 dans le conseil municipal conduit par le socialiste Édouard Soldani, sénateur du Var, président du Conseil général et maire de Draguignan. Autre illustration, l’actuel maire de Draguignan est Richard Strambio, fin connaisseur de cet épisode qu’il a évoqué dans un article paru dans le bulletin de la Société d’études. Il avait 16 ans en 1974.

Mais c’est surtout dans des détails quotidiens d’aujourd’hui que l’on prend la mesure de la trace laissée par l’événement. Donné par Soldani, le nom de « place du 4 décembre 1974 » reste usité pour indiquer le rond-point devant l’actuelle sous-préfecture dracénoise. Surtout, dans les discussions, tous ceux qui ont vécu ces événements les racontent volontiers. L’anecdote de l’évaporation de bonnes bouteilles de la cave du préfet est l’une des plus communément partagée… même si personne n’en connaît véritablement les auteurs. On ne peut pas se rappeler de tout !

Au-delà de la petite histoire, la vivacité de cette mémoire locale témoigne de l’empreinte laissée par une période charnière dans l’histoire du Var en général, et du Var intérieur en particulier.

La séquence des années 70 en Dracénie, c’est en effet aussi la création du barrage de Sainte-Croix (un village sous les eaux) et la création du camp militaire de Canjuers (disparition de la commune de Brovès). Mais c’est le transfert de la préfecture qui a valeur de symbole comme pour mieux témoigner du déclin de cette mutation est d’autant plus douloureusement ressentie à Draguignan que la perte des fonctions administratives, et des attributs symboliques de la ville, s’est ensuite conjuguée avec son déclassement politique. En 1986, le redécoupage Pasqua des circonscriptions législatives dilue les voix de la commune de Draguignan, réputée “soldaniste”, dans le flot des bulletins du golfe de Saint-Tropez. Il faudra attendre les législatives de 2012 pour que Draguignan retrouve le statut de ville-centre constituant le point d’équilibre politique d’une circonscription législative.

Mais il faut dire qu’en 30 ans la physionomie du Var a beaucoup changé… Celle de Draguignan aussi sous l’effet d’une attractivité résidentielle probablement plus subie que maîtrisée. Une tension qui s’illustre dans le témoignage de vieux Dracénois estimant que la ville a commencé à changer avec l’arrivée des militaires (École d’artillerie 1976, camp de Canjuers 1977, établissement du matériel 1982).

En 1975, Draguignan comptait 22 406 habitants. La population est de 40 278  habitants en 2015.

Source : http://www.lamarseillaise.fr/societe/memoire-du-transfert-de-la-prefecture-JCLM033864

 

Source :

https://draguignan.maville.com/actu/actudet_–Haussman-politique-dans-le-Var-batisseur-a-Paris-_-826600_actu.Htm

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